Le poulet frit coréen, ou « chikin », s'installe durablement dans le paysage de la restauration française. Après le soju, le kimchi et le ramyeon, c'est au tour de ce classique du street-food sud-coréen de traverser les frontières, porté par des enseignes comme Bonchon ou Chikin Bang. Derrière ce succès se cache un rituel bien plus ancien : le chimaek, la rencontre du poulet frit et de la boisson, qui structure toute une part de la sociabilité coréenne.
Le chikin, une spécialité née de l'après-guerre devenue institution
Le poulet frit arrive en Corée après la guerre de 1950-1953, importé par l'influence américaine. Mais c'est dans les années 1970 que les cuisiniers coréens s'approprient la recette avec une technique qui fait toute la différence : la double friture. Frit une première fois puis une seconde à plus haute température, le poulet perd une partie de son gras, gagne en croustillant et conserve ce croustillant plus longtemps, un atout de poids pour la vente à emporter et la livraison.
Dans les années 1990, la démocratisation de la bière en Corée du Sud propulse le chikin au rang de plat de sociabilité. Mais c'est la Coupe du monde de football 2002, coorganisée par la Corée et le Japon, qui scelle véritablement l'union du poulet frit et de la bière devant les écrans géants : le chimaek, contraction de « chicken » et « maekju » (bière), est né.
Chimaek : un rituel national, entre bière, soju et K-dramas
Le chimaek accompagne aujourd'hui les matchs de sport, les soirées entre collègues et les retrouvailles improvisées en terrasse. Des séries à succès comme My Love from the Star en ont fait une scène culte, popularisant le duo bien au-delà des frontières coréennes.
La bière n'est pas la seule boisson associée au chikin : le soju s'invite aussi à table, souvent sous la forme du somaek, un mélange de soju et de bière apprécié pour sa légèreté. Ceux qui veulent reproduire l'expérience jusqu'au bout peuvent s'appuyer sur les codes de dégustation détaillés dans notre guide complet de l'étiquette du soju, qui explique notamment comment et avec qui trinquer selon les usages coréens.
Bonchon, Chikin Bang : la ruée des enseignes sur le marché français
La France est devenue une tête de pont inattendue pour l'expansion européenne du chikin. Bonchon, chaîne sud-coréenne fondée il y a plus de vingt ans et élue « meilleures ailes de poulet » par Business Insider, a choisi Paris pour sa toute première adresse hors d'Asie. Après deux restaurants rue Saint-Denis et rue Saint-Honoré, l'enseigne a ouvert une troisième adresse de 280 m² répartie sur trois étages, rue du Faubourg Saint-Antoine. Son objectif affiché : une vingtaine de restaurants en France d'ici cinq ans, avant d'essaimer plus largement en Europe.
De son côté, Chikin Bang, concept imaginé pendant le Covid par Vanessa Shi et Stéphane Dayot, a pris le pari du modèle en franchise. L'enseigne, qui associe poulet frit, corndogs et fondue coréenne, a ouvert son septième restaurant à Val d'Europe après une implantation à Noisy-le-Grand, confirmant l'appétit des investisseurs français pour ce créneau.
Pourquoi le chikin s'impose au-delà du simple effet de mode
Ce succès s'inscrit dans une dynamique plus large : les exportations de sauces coréennes, gochujang en tête, ont bondi de 18,4 % sur le premier semestre pour dépasser 228 millions de dollars, signe d'un appétit mondial pour les saveurs sucrées-épicées coréennes que l'on retrouve précisément dans les sauces yangnyeom qui nappent le chikin. Le format se prête aussi parfaitement aux usages actuels : portions généreuses à partager, service rapide, forte présence en livraison, et une identité visuelle qui doit beaucoup au soft power de la K-pop et des K-dramas.
Une même vague K-food, un même terrain de jeu
Poulet frit, soju, gochujang, kimchi : ces piliers de la gastronomie coréenne avancent aujourd'hui ensemble sur le marché français, chacun renforçant la visibilité des autres. Pour prolonger l'expérience à la maison, encore faut-il avoir les bonnes boissons sous la main : c'est tout l'objet de la sélection de soju coréen que SUDAL propose aux amateurs curieux de retrouver, verre en main, l'esprit d'un chimaek réussi.