Le kimchi n'est plus seulement l'accompagnement immanquable de chaque repas coréen : c'est devenu une arme économique et diplomatique à part entière. En 2025, la Corée du Sud a exporté pour 164,4 millions de dollars de kimchi vers 102 pays différents, un record absolu et une première historique en nombre de marchés conquis. Derrière ce chou fermenté au piment se cache une stratégie assumée par Séoul, que les Coréens eux-mêmes surnomment la « gastrodiplomatie ».
Un plat devenu ambassadeur national
Depuis une dizaine d'années, la Corée du Sud a fait de sa gastronomie un pilier de sa politique d'influence, au même titre que la K-pop ou les séries télévisées. Le kimchi en est devenu le symbole le plus visible. Un documentaire diffusé sur France 5, « Cuisine coréenne, la diplomatie du kimchi », a récemment mis en lumière ce plan national orchestré par Séoul pour séduire les palais étrangers, soutenir l'économie agroalimentaire et affirmer une identité culturelle forte. Le message est clair : chaque pot de kimchi exporté transporte avec lui un fragment de culture coréenne.
Des chiffres qui donnent le tournis
Les données des douanes sud-coréennes confirment l'ampleur du phénomène. Après un précédent record de 163,6 millions de dollars en 2024, les exportations de kimchi ont de nouveau progressé en 2025 pour atteindre 164,4 millions de dollars, un volume écoulé pour la première fois dans plus de cent pays. Le Japon reste de loin le premier client, avec 47,55 millions de dollars d'achats sur les dix premiers mois de 2025, en hausse de 4,4 % sur un an. Les États-Unis suivent avec 36 millions de dollars, devant les Pays-Bas, porte d'entrée du marché européen.
Un plat porté par la vague des aliments fermentés
Ce succès n'est pas qu'une affaire de diplomatie : il s'appuie aussi sur une tendance de fond en Occident, celle de l'alimentation fermentée. Kombucha, miso, choucroute crue, kéfir... les consommateurs occidentaux, de plus en plus attentifs à leur microbiote et à leurs apports en probiotiques, redécouvrent les vertus des aliments lacto-fermentés. Le kimchi coche toutes les cases de cette tendance bien-être, tout en apportant une dimension exotique et un piquant que les produits fermentés occidentaux plus classiques n'offrent pas toujours. Cette convergence entre tendance santé et curiosité culinaire explique en grande partie l'appétit croissant des marchés américain et européen.
Le paradoxe du marché intérieur
Mais cette réussite à l'export cache un paradoxe bien connu des Coréens : sur leur propre marché, de nombreux restaurants servent un kimchi importé, souvent moins coûteux, notamment en provenance de Chine, faute de pouvoir absorber le coût de la main-d'œuvre et du chou local. Le plat le plus identitaire du pays s'exporte donc triomphalement à l'étranger tout en se délocalisant discrètement chez lui, une tension qui alimente régulièrement le débat public sur la souveraineté alimentaire coréenne.
Kimjang, un rite inscrit au patrimoine de l'humanité
Cette réussite commerciale ne doit pas faire oublier la dimension culturelle du kimchi. Depuis 2013, le kimjang, la préparation et le partage collectif du kimchi à l'approche de l'hiver, figure sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l'humanité de l'UNESCO. Chaque automne, familles et voisins se réunissent encore pour préparer ensemble de grandes quantités de kimchi, destinées à être partagées afin que chaque foyer dispose de réserves suffisantes pour les mois froids. Les recettes et gestes précis se transmettent traditionnellement de belle-mère à belle-fille, perpétuant un savoir-faire millénaire au cœur même de la modernisation agro-industrielle du pays.
La France, nouvelle terre de conquête
L'Hexagone n'échappe pas à la vague. Comme nous l'évoquions dans notre article sur la façon dont la gastronomie coréenne et le soju séduisent de plus en plus la France, les épiceries coréennes se multiplient dans les grandes villes françaises et les jeunes chefs intègrent désormais le kimchi dans leurs cartes, bien au-delà des seuls restaurants coréens. Le documentaire de France 5, qui suit des producteurs de la Bretagne aux temples bouddhistes coréens, illustre à sa manière cette porosité culinaire grandissante entre les deux pays.
Kimchi et soju, deux ambassadeurs, une
même stratégie
Le kimchi n'est pas seul dans cette offensive culinaire coréenne. Le soju, l'alcool national, suit une trajectoire similaire : longtemps cantonné aux tables coréennes, il s'exporte désormais massivement et se réinvente pour séduire un public occidental en quête d'authenticité. Les deux produits partagent la même mécanique : un ancrage traditionnel fort, une modernisation assumée, et une volonté politique de transformer un patrimoine culinaire en instrument d'influence économique et culturelle.
Chez SUDAL, nous suivons cette dynamique de près puisque nous y participons directement, en proposant en France un soju coréen pensé pour accompagner cette nouvelle vague de gastronomie coréenne, kimchi compris. De quoi composer, à la maison, un repas coréen complet et authentique, entre chou fermenté bien relevé et verre de soju bien frais.