Le soju n'est plus le monopole de la Corée du Sud. Le 14 septembre 2026, à Mission Hill, un quartier de Boston, la distillerie Namu Distilling Company a officiellement ouvert ses portes : c'est la toute première distillerie de soju de Nouvelle-Angleterre, et seulement la sixième aux États-Unis à produire ce spiritueux traditionnellement associé à la péninsule coréenne.
Derrière ce projet, deux fondateurs que rien ne prédestinait à la distillation : Josh Moss et Will Blessing, un couple de scientifiques reconvertis. Blessing, d'origine coréenne, brassait du makgeolli (vin de riz coréen) en amateur ; Moss apportait son expertise en séparation de composés acquise en chimie atmosphérique. Ensemble, ils ont identifié un créneau resté vacant : aucune distillerie de Nouvelle-Angleterre ne produisait de soju artisanal, fermenté à partir de riz gluant et de nuruk (ferment traditionnel coréen), selon la méthode ancestrale plutôt que par dilution d'alcool neutre, la technique industrielle des grandes marques en bouteille verte.
Namu produit deux spiritueux : un soju et un gin à base de riz fermenté, aromatisé de botaniques coréennes et néo-anglaises (écorces d'agrumes, racine d'angélique, périlla, jujube). Le lieu associe salle de distillation et bar à cocktails, avec une carte d'anju, les en-cas coréens qui accompagnent traditionnellement l'alcool : tteokbokki, concombres marinés, bientôt du bossam.
Cette ouverture illustre une tendance de fond : le soju sort du strict périmètre coréen pour devenir une catégorie mondiale, réinterprétée localement, une dynamique déjà à l'œuvre en Corée même avec la renaissance du soju artisanal. Aux États-Unis comme en France, une nouvelle génération de producteurs revisite ce spiritueux ancestral avec des ingrédients et un savoir-faire locaux, sans renier ses codes : fermentation, degré modéré, convivialité autour de petites bouteilles à partager.
C'est très exactement la voie empruntée par SUDAL, premier soju distillé en France, à Bordeaux, à partir d'alcool neutre d'origine viticole plutôt que de riz. Comme Namu à Boston, l'ambition n'est pas de copier le soju coréen mais de l'adapter à un terroir et un public locaux, tout en conservant son esprit : léger, rond, facile à partager. La carte du soju artisanal s'agrandit un peu plus chaque mois, bien au-delà de Séoul.