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Whisky coréen : comment la Corée du Sud invente son propre single malt

23 septembre 2026 par
Nicolas

Longtemps considéré comme la chasse gardée de l'Écosse, du Japon ou des États-Unis, le whisky vit une petite révolution en Corée du Sud. En 2026, le whisky coréen ne se contente plus d'imiter ses illustres modèles : il s'impose dans les rayons, séduit les jeunes consommateurs et commence même à s'exporter sous son propre nom. Une dynamique qui bouscule un pays où l'on associait jusqu'ici l'alcool national avant tout au soju ou au makgeolli.

Le whisky détrône le vin dans les rayons  sud-coréens

Le signal le plus frappant vient de la distribution. Chez Lotte Mart, l'une des plus grandes enseignes du pays, le whisky est devenu au premier semestre 2026 la deuxième catégorie d'alcool la plus vendue, dépassant le vin pour la première fois depuis deux ans de classement inchangé. Les ventes de whisky y ont progressé de 2,3 %, tirées notamment par le whisky blended (+13,6 %) et le whisky japonais (+12,6 %), pendant que le vin reculait de 1,1 % sur la même période.

Cette bascule s'explique par un contexte économique particulier : l'inflation pousse les consommateurs sud-coréens vers des produits jugés plus rentables à la dégustation, et la tendance du « home drinking » favorise les spiritueux qu'on peut savourer verre après verre, sur plusieurs soirées, plutôt qu'une bouteille de vin à terminer rapidement. Un paradoxe s'ajoute à ce tableau : la consommation d'alcool globale en Corée du Sud a enregistré sa baisse la plus rapide en sept ans début 2026, portée par une jeunesse plus attentive à sa santé. Le whisky progresse donc dans un marché qui, dans l'ensemble, boit moins mais mieux.

Ki One, le pionnier du single malt made in Korea

Ce basculement culturel profite à une poignée de distilleries locales, en tête desquelles Three Societies Distillery et sa marque Ki One, premier single malt entièrement produit en Corée, née en 2020 à Namyangju sous l'impulsion de Bryan Do, également fondateur de la brasserie artisanale Hand and Malt (rachetée depuis par AB InBev). Récompensée à l'International Wine & Spirits Competition, Ki One s'exporte désormais dans sept marchés : États-Unis, Royaume-Uni, Japon, Taïwan, Singapour, Hong Kong et Kazakhstan. Son arrivée au Royaume-Uni s'est faite via The Whisky Exchange, enseigne du groupe Pernod Ricard — une reconnaissance symbolique pour une distillerie née dans un pays qui, il y a dix ans encore, ne produisait quasiment aucun whisky.

La distillerie prépare aussi une édition « tout coréen » : malt, eau, levure et fût de chêne coréen, sur le modèle du mizunara japonais. Une manière de revendiquer une identité propre plutôt que de simplement copier les codes écossais.

Une croissance portée par la jeunesse et le tourisme

Autre moteur de cette progression : le tourisme. Chez Ki One, les ventes en duty free ont bondi de 82 % par rapport à l'année précédente, portées par l'afflux de visiteurs étrangers curieux de goûter à « un whisky coréen », dans le sillage du succès mondial de la K-pop, des K-dramas et de la K-beauty. En parallèle, la clientèle des distilleries est majoritairement composée de jeunes adultes dans la vingtaine et la trentaine, plus enclins à découvrir une catégorie encore jeune que les générations précédentes, historiquement fidèles au soju ou au whisky écossais importé.

Les analystes tablent sur une progression du marché sud-coréen du whisky de plus de 780 millions de dollars entre 2026 et 2031, portée par le développement d'une scène de bars haut de gamme et par la multiplication des petites distilleries artisanales à travers le pays.

Le whisky peut-il rivaliser avec le soju et le makgeolli ?

Le whisky reste toutefois un produit de niche face au soju, boisson nationale par excellence, ou au makgeolli, vin de riz traditionnel en pleine renaissance artisanale. Mais les trois catégories partagent aujourd'hui un même mouvement de fond : la premiumisation de l'alcool coréen, où de petits producteurs misent sur la qualité, les techniques ancestrales revisitées et des volumes limités plutôt que sur les grands volumes industriels. Le whisky coréen, lui, ajoute une dimension supplémentaire : il inscrit la Corée du Sud sur une carte mondiale jusqu'ici dominée par l'Écosse et le Japon, et transforme un savoir-faire tout juste naissant en argument d'export.

Reste à savoir si cette « vague coréenne » du whisky saura, comme le soju avant elle, dépasser le cercle des amateurs de spiritueux pour devenir un réflexe de consommation à l'international. Les prochaines années, entre nouvelles distilleries, éditions 100 % locales et ouverture de nouveaux marchés, seront décisives.

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