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Corée du Sud : le pari à 576 milliards de dollars pour dominer la course mondiale à l'IA

17 juillet 2026 par
Nicolas

La Corée du Sud vient de placer un pari industriel parmi les plus ambitieux de son histoire. Fin juin 2026, le président Lee Jae-myung a dévoilé un plan colossal destiné à faire du pays un pilier incontournable de l'économie mondiale de l'intelligence artificielle. Semi-conducteurs de dernière génération, centres de données géants, « IA physique » : Séoul mise plus de 576 milliards de dollars pour ne pas se laisser distancer dans ce que le chef de l'État qualifie lui-même de « guerre à l'IA ». Décryptage d'une stratégie qui engage l'avenir de toute une nation technologique.

Un plan « triple axe » pour un saut industriel

Le cœur du dispositif repose sur ce que le gouvernement appelle un « triple axe » : les semi-conducteurs, l'IA physique (robotique et systèmes embarqués) et les centres de données dédiés à l'intelligence artificielle. « Les semi-conducteurs, l'IA physique et les centres de données pour l'IA sont le triple axe de notre grand bond en avant », a résumé le président Lee lors de l'annonce, retransmise à la télévision aux côtés des dirigeants de Samsung Electronics et de SK Hynix.

Concrètement, l'État et le secteur privé s'engagent conjointement. Le plan total dépasse 576 milliards de dollars sur plusieurs années, certaines estimations évoquant même plus de 1 000 milliards de dollars cumulés sur une décennie si l'on additionne l'ensemble des investissements publics et privés annoncés. L'objectif affiché est clair : sécuriser plus vite que quiconque les briques fondamentales de l'intelligence artificielle.

Samsung et SK Hynix, moteurs de la stratégie coréenne

Les deux géants nationaux de la mémoire sont au centre du jeu. Samsung et SK Hynix, respectivement premier et deuxième fabricants mondiaux de puces mémoire, prévoient d'investir environ 800 000 milliards de wons (près de 518 milliards de dollars), en lien avec leurs fournisseurs, pour bâtir quatre grands sites de fabrication dans le sud-ouest du pays.

L'ambition chiffrée est vertigineuse : le gouvernement espère doubler la capacité de production de puces mémoire de la Corée du Sud en cinq ans. Un pari qui vise à consolider la domination coréenne sur un segment devenu stratégique avec l'essor de l'IA : celui de la mémoire à large bande (HBM), indispensable aux processeurs qui entraînent et font tourner les grands modèles d'intelligence artificielle.

La bataille de la mémoire à large bande (HBM)

Sur ce terrain, la Corée du Sud dispose d'une longueur d'avance. SK Hynix a récemment livré à Nvidia ses puces HBM3E de cinquième génération, tandis que Samsung accélère la montée en cadence de ses modules HBM3 12Hi destinés aux accélérateurs d'IA. La concurrence entre les deux compatriotes s'intensifie, mais elle nourrit surtout une même ambition : creuser l'écart face aux rivaux étrangers et rivaliser avec le taïwanais TSMC comme avec l'américain Intel sur la fabrication de pointe.

Des centres de données géants et un maillage régional

Au-delà des usines de puces, le plan prévoit un déploiement massif d'infrastructures. Un volet ambitionne de construire, d'ici 2035, de nouveaux centres de données dédiés à l'IA d'une puissance cumulée de 10 gigawatts, portant la capacité totale du pays à 18,4 gigawatts. À la clé : la souveraineté numérique et la capacité d'héberger localement les charges de calcul les plus lourdes.

La dimension territoriale n'est pas oubliée. La ville de Gwangju et la province du Jeolla du Sud investiraient entre 5 000 et 20 000 milliards de wons dans les projets, tandis qu'un cluster d'assemblage et de conditionnement de puces mobiliserait environ 81 000 milliards de wons dans la région de Chungcheong, proche de Séoul. Une répartition géographique pensée pour irriguer plusieurs régions et créer des écosystèmes complets, de la conception à l'emballage final des composants.

Des enjeux économiques… et politiques

Ce plan intervient alors que la Corée du Sud est portée par un véritable supercycle des semi-conducteurs. Les perspectives d'exportations pour 2026 sont particulièrement favorables, voire records, portées par la demande mondiale de puces mémoire et l'explosion des besoins en HBM. Pour un pays dont l'économie repose largement sur ses exportations de haute technologie, l'enjeu est autant industriel que stratégique.

L'initiative n'échappe toutefois pas aux critiques. Certains opposants s'interrogent sur la localisation des investissements dans le sud-ouest, région considérée comme un bastion électoral du président Lee Jae-myung. D'autres analystes rappellent que ce pari colossal met à l'épreuve l'optimisme entourant le cycle de l'IA : si la demande devait ralentir, l'ampleur des sommes engagées exposerait Samsung et SK Hynix à un risque considérable de surcapacités.

Une nation qui joue son avenir technologique

Malgré ces réserves, le message envoyé par Séoul est sans ambiguïté. En concentrant des moyens hors norme sur les semi-conducteurs et l'intelligence artificielle, la Corée du Sud cherche à transformer son leadership actuel dans la mémoire en une position durable au cœur de la chaîne de valeur mondiale de l'IA. Le pari est risqué, mais il illustre une conviction partagée par l'État et les industriels : dans la compétition technologique qui se joue à l'échelle planétaire, l'immobilisme serait le plus grand des dangers.

Reste à savoir si ce plan géant tiendra ses promesses. Une chose est certaine : les prochains mois seront décisifs pour mesurer la capacité de la Corée du Sud à concrétiser son ambition de puissance de l'IA. Vous suivez l'actualité économique et technologique coréenne ? Abonnez-vous à notre blog pour ne rien manquer des prochains développements.

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