Le soju traditionnel occupe désormais une place centrale dans la stratégie de promotion touristique du gouvernement sud-coréen. Après avoir lancé en juin le « K-Chicken Belt », une carte recensant 30 destinations dédiées au poulet coréen, le ministère de l'Agriculture, de l'Alimentation et des Affaires rurales consacre le mois d'août 2026 aux alcools traditionnels du pays, avec en tête d'affiche le soju artisanal, le makgeolli et le yakju.
Cette initiative s'inscrit dans un programme plus vaste baptisé K-Gastronomy Journey, pensé pour inciter les visiteurs étrangers à explorer la Corée du Sud non plus à travers ses monuments, mais à travers ses saveurs.
Qu'est-ce que le K-Gastronomy Journey ?
Lancé par le Korea Food Promotion Institute, rattaché au ministère de l'Agriculture, le K-Gastronomy Journey déroule un calendrier thématique sur toute l'année 2026 :
– Juin : le K-Chicken Belt, une carte en ligne de 30 destinations sélectionnées parmi près de 2 700 propositions envoyées par les habitants et les collectivités locales.
– Août : des circuits dans les brasseries artisanales, centrés sur le soju traditionnel et les alcools fermentés.
– Septembre : des rencontres avec des maîtres du hansik, la cuisine traditionnelle coréenne.
– Octobre-novembre : le K-Food Festa, le Hansik Festa, le Food Week Korea, le Korean Liquor Festival et le Kimchi Festival.
Pour la ministre de l'Agriculture, Song Mi-ryung, l'objectif est clair : « Il ne faut plus arriver à destination avant de chercher quoi manger à proximité. Il faut d'abord chercher quoi manger, puis s'y rendre pour explorer des territoires divers. »
Le soju traditionnel, bien loin des bouteilles vertes de supermarché
Quand on pense au soju, on imagine souvent la petite bouteille verte à 15-20 % d'alcool, consommée cul sec dans les restaurants de grillades. Mais le soju que le gouvernement met en avant cette année est tout autre : il s'agit du soju artisanal, distillé selon des méthodes ancestrales à partir de riz fermenté, sans les additifs et édulcorants des versions industrielles.
À Séoul, deux brasseries illustrent cette démarche :
– Samhae Soju, dans le quartier de Mapo-gu, propose des dégustations guidées de plus de dix types d'alcools traditionnels coréens, distillés selon des recettes transmises depuis des générations.
– Clown Brewery, à Yeongdeungpo-gu, complète l'offre avec des ateliers de fabrication de makgeolli, ce vin de riz laiteux et légèrement pétillant, cousin populaire du soju.
Ces visites permettent aux touristes de comprendre la filiation entre le soju, le makgeolli et le yakju : trois alcools issus de la même base — le riz fermenté — mais distincts par leur méthode de production, leur degré d'alcool et leur texture.
Une suite logique au succès du K-Chicken Belt
Le choix de miser sur le soju après le poulet n'a rien d'un hasard. Une enquête gouvernementale menée en 2025 a montré que le poulet est le plat le plus associé à la Corée par les étrangers interrogés (14 %), devant le kimchi (9,5 %). Le fameux duo chimaek — poulet frit et bière — reste une image d'Épinal du pays, mais les autorités veulent désormais montrer que la culture des alcools traditionnels coréens est tout aussi riche.
Concrètement, chaque destination du K-Chicken Belt intègre déjà des brasseries locales à son parcours. À Chuncheon, par exemple, les visiteurs peuvent cueillir des patates douces, déguster un poulet sauté épicé à Sinbuk, visiter le skywalk du mont Samak, s'initier à la fabrication d'alcool traditionnel dans une brasserie locale, puis flâner au marché romantique de la ville. La gastronomie devient ainsi un fil conducteur touristique à part entière, plutôt qu'une simple étape entre deux visites.
Pourquoi cette stratégie séduit les voyageurs internationaux
Selon Jung Kyung-seok, directeur général du bureau de la politique de l'industrie alimentaire au ministère, les touristes internationaux ne viennent plus en Corée pour faire du shopping ou visiter des sites classiques : « Ils se rendent dans les ruelles locales à la recherche de spécialités. » Le soju traditionnel, encore méconnu hors de Corée face à sa version industrielle mondialisée, représente justement ce type de découverte authentique que recherchent les voyageurs.
Cette tendance rejoint un mouvement de fond déjà observé en France et ailleurs : la mixologie coréenne s'exporte, avec des cocktails à base de soju qui apparaissent dans de plus en plus de bars, portés par la vague culturelle de la K-pop et des dramas coréens.
Où découvrir le soju traditionnel en Corée du Sud
Pour les voyageurs qui prévoient un séjour cette année, plusieurs options permettent de sortir des sentiers battus :
– Les brasseries partenaires du K-Gastronomy Journey à Séoul (Samhae Soju, Clown Brewery), accessibles avec des visites guidées et dégustations.
– Les brasseries locales intégrées aux parcours du K-Chicken Belt en régions comme Chuncheon ou Andong.
– Le Korean Liquor Festival, prévu en octobre-novembre dans le cadre du programme national.
En conclusion
En consacrant tout un mois à la valorisation du soju traditionnel, la Corée du Sud confirme une stratégie touristique assumée : transformer sa gastronomie, y compris ses boissons, en véritable produit d'appel culturel. Une bonne nouvelle pour tous les curieux de gastronomie coréenne qui souhaitent aller au-delà du soju en petite bouteille verte pour découvrir un savoir-faire artisanal séculaire.