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Krach du Kospi : pourquoi la bourse sud-coréenne s'effondre malgré le boom de l'IA

30 juillet 2026 par
Nicolas

Le Kospi, principal indice de la Bourse de Séoul, vit l'un des épisodes les plus violents de son histoire. Après des mois d'euphorie portée par la demande mondiale de puces pour l'intelligence artificielle, la Corée du Sud assiste depuis la fin juillet 2026 à un dégonflement brutal de ses valeurs technologiques. Retour sur un krach qui interroge la solidité du modèle économique sud-coréen, bâti en grande partie sur ses géants des semi-conducteurs.

Un effondrement historique en quelques semaines

Le 28 juillet, le Kospi a chuté de plus de 10 % en une seule séance, déclenchant le septième circuit breaker de l'année, un mécanisme de suspension automatique des échanges censé freiner la panique. Sur l'ensemble du mois de juillet, l'indice affiche un repli d'environ 23 %, sa pire performance mensuelle jamais enregistrée, effaçant près de 250 000 milliards de wons de capitalisation boursière.

Quelques semaines plus tôt seulement, en juin, le Kospi culminait autour de 9 114 points, porté par un engouement quasi sans limite pour les valeurs liées à l'intelligence artificielle. Le retournement a été aussi rapide que la hausse qui l'a précédé.

Les origines du krach

La remise en cause de la demande de puces IA

Le déclencheur immédiat tient à un doute grandissant des investisseurs sur la pérennité de la demande de semi-conducteurs pour l'IA. Pendant des mois, les marchés avaient intégré un appétit quasi illimité pour les puces mémoire, notamment la mémoire à large bande (HBM), indispensable aux centres de données. Selon un analyste de Kiwoom Securities cité par Reuters, même des résultats trimestriels solides de Samsung ne suffisent plus à rassurer : les investisseurs exigent désormais des garanties sur les dépenses futures en IA, les prix et la visibilité des commandes.

La concurrence chinoise s'invite dans la partie

Un second facteur a aggravé la chute : l'entrée en production de masse d'outils de gravure par lithographie ultraviolette profonde par des acteurs chinois. Le débarquement en bourse à Shanghai du fabricant chinois de mémoire CXMT, dont le titre a clôturé 466 % au-dessus de son prix d'introduction, a été perçu comme le signal d'un soutien massif de Pékin à l'émergence d'un champion national de la puce mémoire, une menace directe pour la position dominante de Samsung et SK Hynix sur ce segment.

L'effet amplificateur de l'effet de levier

Enfin, la correction a été démultipliée par la structure même du marché sud-coréen. Les investisseurs particuliers, très présents sur les produits à effet de levier pendant la phase de hausse, ont dû liquider massivement leurs positions à mesure que l'indice reculait. Sur deux mois et demi, le montant total des liquidations forcées a atteint 2 300 milliards de wons, créant une spirale baissière qui a accentué chaque repli.

La réaction des autorités

Face à l'ampleur de la chute, le ministre sud-coréen de l'Économie et des Finances, Choi Sang-mok, a réuni une cellule de crise dès l'ouverture des marchés le 28 juillet. Il a appelé les investisseurs au calme, assurant que le gouvernement suivait la situation avec une vigilance extrême et se tenait prêt à déployer des mesures de stabilisation si nécessaire. Cette intervention rapide illustre le poids systémique de Samsung Electronics et SK Hynix, qui à eux seuls pèsent une part considérable de la capitalisation totale du Kospi.

Un paradoxe : l'économie réelle reste solide

Le plus frappant dans cet épisode est le décalage entre la panique boursière et les fondamentaux macroéconomiques. Le gouvernement avait justement relevé, avant le krach, sa prévision de croissance pour 2026 à 3 %, contre 2 % auparavant, une estimation supérieure à celle du FMI, de l'OCDE et de la Banque asiatique de développement. Le PIB du deuxième trimestre a progressé de 3,7 % en glissement annuel, porté par les exportations de semi-conducteurs. Les exportations sud-coréennes, elles, sont attendues en hausse de 30,3 % sur l'année, pour un record de 924,4 milliards de dollars, toujours grâce au supercycle de la mémoire IA.

Autrement dit, ce n'est pas (encore) l'économie coréenne qui s'effondre, mais la valorisation boursière de ses champions technologiques, jugée par les marchés trop optimiste au regard des incertitudes sur la demande future.

Quelles perspectives ?

Ce krach agit comme un rappel : la prospérité sud-coréenne récente repose largement sur un pari concentré, celui de la demande mondiale de puces IA, et sur deux entreprises, Samsung et SK Hynix. La montée en puissance de la concurrence chinoise, longtemps sous-estimée sur le segment de la mémoire, ajoute une variable structurelle que les investisseurs devront désormais intégrer durablement, au-delà de la seule volatilité de court terme.

Pour les marchés comme pour les autorités de Séoul, la question n'est plus seulement de calmer la panique de fin juillet, mais de préparer l'économie sud-coréenne à une compétition technologique mondiale plus disputée qu'elle ne l'a jamais été.

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